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Le documentaire Bestiaire de Denis Côté qui a enthousiasmé le public allemand lors de la Berlinale a récemment fait l’ouverture du Festival Québec Deluxe à Berlin. Ma collègue de Moviepilot Anna Sita Zinn a interviewé le réalisateur afin d'en savoir plus sur ce film hors du commun.  

(Hier das Interview auf Deutsch auf moviepilot.de)

Est-ce que vous vouliez raconter une histoire du point de vue des animaux?


Non. J’ai approché ce projet avec l’intention de faire un ‘livre d’images’, sans autre préoccupation que celle d’offrir un film contemplatif, harmonieux, peut-être inquiétant. Une suite d’ambiances dans lesquelles le spectateur se projette ou non. Le zoo m’est apparu comme un lieu particulièrement cinématographique. Je me suis demandé s’il est encore possible de filmer des animaux de façon originale, sans essayer de les humaniser comme dans tous les films d’Hollywood… Les animaux tels qu’ils sont. Point.     

Pensez-vous que nous les hommes avons un droit supérieur dans ce monde?

C’est une question intéressante. Il serait trop facile de dire oui ou non. L’Homme est doté de raison, d’intelligence. Il a donc tout naturellement décidé de régner en chef sur le monde animal. Est-ce mal? Est-ce permis? Je ne sais pas mais j’accepte que l’Homme utilise ses capacités pour organiser sa position dans le monde.   

Voulez-vous dire par ce film que nous devrions réconsidérer notre rôle dans ce monde que nous partageons avec les animaux et même les plantes?


Au départ je ne voulais rien dire. J’espérais redonner au spectateur sa fonction de spectateur qui regarde et qui est capable de juger ce qu’il regarde, selon sa propre personnalité. Aujourd’hui, je découvre qu’on me prête des intentions : certains voient le film comme une suite de tableaux, comme un exercice formaliste alors que beaucoup d’autres y voient un manifeste anti-zoo, un cri d’amour pour les animaux, une condamnation de l’Homme etc. J’ai filmé le zoo comme une entité ‘doucement absurde’. Je veux que chaque spectateur s’approprie cet univers et fasse ses propres conclusions. Si un film dit à un spectateur quoi penser, c’est que ce film a un peu échoué.

Qu'est-ce que vous pensez du mouvement végétalien ou végétarien - est-ce que vous mangez de la viande?


Je suis carnivore. Je mange beaucoup de viande. Les gens sont libres.

Quelle est votre scène préférée?


Je pense que le film au complet est dans la scène de la hyène soignée dans le système de contention. D’un côté c’est dur et brutal. De l’autre il s’agit d’un geste amoureux des hommes pour soigner un animal. Le film n’est ni noir ni blanc et cette zone grise dans cette scène résume bien l’ambiguité du film.   

En tant que réalisateur canadien, est-ce que vous êtes aussi fier du cinéma canadien anglophone ou considérez-vous comme réalisateur québécois seulement?


La situation du cinéma canadien est très très triste. Il est absolument improbable que depuis 20 ans, seuls 3 cinéastes soient nommés (Cronenberg, Egoyan, Maddin). Il y a parfois ici et là un film qui fait parler mais il n’y a rien. Désolé. Le cinéma québécois est très vivant et productif mais c’est un cinéma un peu refermé sur lui-même, qui produit des films compétents qui voyagent très peu. Le cinéma québécois parle aux Québécois. Je suis un cinéaste québécois ou canadien, comme vous voulez.  


Qu'est-ce que vous pensez de la situation du film documentaire dans le monde à ce moment?


Bestiaire n’est pas un documentaire à mon avis. Le documentaire d’auteur est de plus en plus rare. C’est triste. Il faut vendre un ‘sujet’ aux télévisions aujourd’hui pour survivre. C’est la loi de la jungle. Seuls les cinéastes les plus personnels et aventureux sortiront du lot et marqueront l’Histoire du cinéma (si c’est encore possible).

Qu'est-ce que vous pensez des options de subventions pour les films documentaires au Québec et au Canada?


Je suis un cinéaste qui a toujours tourné avec de très petits budgets. Je pourrai toujours me débrouiller je crois. Nous sommes depuis plusieurs années sous le coup d’un gouvernement fédéral de droite, très à droite. Il faut que la tempête passe. Tout le monde retient son souffle. Les documentaristes se tournent vers les télévisions et font des prières.

Est-ce qu'il est difficile pour vous de financer des projets non commerciaux comme BESTIAIRE?


Les Conseils des arts et des lettres canadien et québécois sont sensibles aux projets originaux bien présentés et bien personnels. Mais il s’agit de petits montants d’argent pour travailler (60 000$ à 100 000$). Bestiaire entre dans ce créneau. Mais il serait impossible de proposer un tel projet aux grandes institutions qui financent les plus grosses productions. Ils veulent des scénarios et des structures de production très claires et définies.

Comment pouvez-vous en tant que réalisateur de films documentaires maintenir un certain niveau de vie?


J’ai tourné 7 longs métrages en 7 ans. Les institutions en place m’ont aidé, à produire, à voyager. J’ai gagné quelques prix en argent en festivals, je garde un rythme de production élevé et je suis plutôt délinquant avec des idées qui coûtent assez peu cher au final. Mais je suis un peu différent des autres cinéastes et j’ai un niveau de vie simple.

Avez-vous envie de quitter le Québec et de faire des films ailleurs?


Je ne me sens pas particulièrement attaché au Québec. Je vais aller où on veut de mon cinéma et de mes projets.  

Quels sont vos films préférés et vous rappelez-vous du premier film que vous avez vu dans un cinéma?


J’ai une mauvaise mémoire mais je me souviens que mon père m’ait amené voir The Man Who Knew Too Much de Hitchcock quand j’étais très jeune. Si je m’en souviens c’est que l’expérience fut marquante. J’ai consommé beaucoup de cinéma d’horreur à l’adolescence puis aux études j’ai découvert Godard, Pasolini et les autres. Mes cinéastes préférés sont Fassbinder, Pialat et Bresson. Mon film préféré est L’Important c’est d’aimer d’Andrzej Zulawski. J’adore Murnau aussi.  

Quelle est votre motivation pour faire Vic et Flo?


Vic et Flo ont vu un ours raconte l’histoire de deux femmes récemment sorties de prison qui décident de réapprendre à vivre dans une cabane en forêt. Il s’agit encore une fois de personnages qui considèrent l’idée de rejoindre le monde ou pas. J’avais envie d’écrire pour des femmes cette fois, de faire parler des femmes. J’avais aussi envie d’un film plus musclé, plus inquiétant ou plus tragique par rapport à Curling. Nous sommes en montage.

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Tags: Bestiaire, animaux, anna, berlin, côté, denis, moviepilot, québec, sita

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